L’amour de la langue

Du multilinguisme à l’expérience et la perspective du plus grand amour, Nina de Man n’hésite pas une seule seconde à nous accorder un entretien pour passer rapidement tout cela en revue. En tant que polyglotte et présentatrice d’événements, l’animatrice de Studio Brussel (entre autres) a travaillé à plusieurs reprises avec Jean Pierre Deschepper, organisateur de la Fête des Lumières de Knokke-Heist. Et comme il sait que le plus grand amour de Nina, c’est l’écriture, il lui a demandé de rédiger les textes de l’appli.

Nina : Pour l’écriture de ces textes, j’ai fait comme toujours, mais certaines personnes sont manifestement convaincues qu’il s’agit d’extraits du livre. Donc apparemment, j’ai réussi à rester fidèle au style. Mais c’est selon moi la particularité de l’écriture : choisir de considérer le monde sous une certaine perspective. Et à partir de là, rechercher les détails qui décriront du mieux possible cette perspective. Dans le cas du Petit Prince, cela m’a manifestement réussi. On s’y met comme on commence chaque mission et ça passe ou ça casse. C’est une question d’empathie, je crois.
J’ai écrit les textes en anglais, ma langue maternelle, mais la première fois que je les ai entendus c’était en français. Je les ai trouvés sublimes, très émouvants.

Écrire, c’est choisir de considérer le monde selon une certaine perspective.
– Nina de Man

Nina : C’est sans doute à l’école primaire que j’ai lu Le Petit Prince, je devais avoir entre 6 et 12 ans. J’étais scolarisée en français, donc c’était en français. Je pensais que je m’en rappellerais, que j’éprouverais un sentiment de réminiscence en le relisant. Mais plus de trente ans se sont écoulés depuis la première lecture. J’ai donc ressenti quelque chose de totalement différent. C’était malgré tout très inspirant de revoir le monde avec les yeux d’un enfant.
À un moment donné, Le Petit Prince rencontre par exemple un homme d’affaires et il ne comprend pas ce que fait cet homme. Lorsqu’il lui dit qu’il achète des étoiles, l’enfant surpris répond : “Pourquoi acheter des étoiles alors qu’elles appartiennent à tout le monde ? ». Un enfant qui lit ça trouve que c’est parfaitement normal. Pour un adulte, ce n’est pas faux, c’est un fait que nous ne devons pas nous fatiguer à acheter l’équivalent d’une étoile, à acheter des choses qui ne contribuent pas nécessairement à notre bien-être. Pourtant, nous nous y livrons avec obsession. Les enfants ont du bon sens mais ils le perdent à mesure qu’ils grandissent.

Les enfants ont du bon sens mais ils le perdent à mesure qu’ils grandissent.
– Nina de Man

Nina : Il y a quelque chose entre moi et les langues, et aussi la philosophie. C’est la raison pour laquelle en plus d’être copywriter, je suis professeur de yoga et j’ai repris des études de philo l’an dernier. L’élément « temps » fait sens pour moi. Je trouve que c’est une notion très intéressante. Et c’est également le cas dans Le Petit Prince ; l’idée que le temps est quelque chose de très cyclique. À mesure que l’on vieillit, il devient plus linéaire. Et presque tragique, exactement comme une bataille perdue, comme lutter contre le temps qui se réduit toujours plus. Alors que pour un enfant, le temps est un concept ludique. Cette notion, cette connectivité et le regard tourné vers l’infini sont les thèmes de cette histoire, qui me tiennent aussi à cœur sur le plan personnel en ce moment. Oui, je trouve que c’est une très belle mission.